Cire d’abeille: un scandale sanitaire pour nos abeilles

cire d'abeille en pains

Des cires polluées recyclées

Pour les besoins de la colonie, les abeilles récoltent diversent substances: nectar, miellat, pollen, eau, résines, qu’elles rapportent au sein même de la ruche. En apiculture conventionnelle, le rayon d’action des abeilles, d’environ 3km, n’est pas contrôlé. Des ruchers sont ainsi situés tantôt en bord de route ou de zone industrielle, tantôt au milieu de cultures intensives. Les contaminants chimiques sont nombreux, et trouvent leur source à la fois sur les végétaux et l’eau (une ruche consomme 10 à 40 litres d’eau par an).

La cire, sécrétée par les abeilles puis utilisée pour la construction des rayons, est un lipide qui fixe durablement un très grand nombre de molécules chimiques, qui peuvent s’y dissoudre facilement. Traditionnellement, les apiculteurs recyclent les cires. Celles-ci sont fondues après l’extraction du miel (cire d’opercule) ou des changements des cadres de la ruche (cire de corps). Elles sont ensuite, sous forme de pains (photo), amenées à un cirier qui rassemble la production de dizaines d’apiculteurs avant de la transformer, par lots de 500kg à plusieurs tonnes. Ces cires serviront à créer des plaques de cires gaufrées, réutilisées au sein de la ruche. Si l’apiculture Bio exige l’absence de contaminants dans les cires (analyses devenues obligatoires), il n’existe aujourd’hui aucune législation, ni obligation d’analyse, ni d’éventuels « seuils » définis (taux admissibles) pour l’apiculture conventionnelle.

Longtemps, les apiculteurs ont pointé du doigt des lots de cires provenant d’Asie ou d’Afrique. Il est vrai que la cire de provenances douteuses est régulièrement « trafiquée », en y ajoutant de la paraffine ou d’autres substances. Mais nos analyses montrent que certaines cires Africaines sont exemptes de pesticides, alors que les cires « françaises » sont elles devenues des nids à molécules chimiques.

Des quantités de pesticides inacceptables pour les abeilles

Les contaminants de ces cires, recyclées d’année en année, sont retrouvés à des taux importants. Surtout, le nombre de molécules présentes contribue à un effet « cocktail », démontré sur des espèces animales comme l’homme (voir par exemple cette étude de l’INRA).

Quels contaminants ?

Les molécules détectées sont liées à la fois à l’environnement, et aux traitements appliqués en apiculture. On y retrouve ainsi les principales molécules des acaricides liées au traitement anti-varroa, un acarien redoutable pour les abeilles domestiques. Les apiculteurs conventionnels traitent les ruches avec ces molécules chimiques.

Une alerte déjà ancienne

Dès le début des années 2000, Marie-Pierre Chauzat et Jean-Paul Faucon, de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (ANSES) alertaient les apiculteurs en recommandant de ne pas recycler les cires anciennes des cadres et de laisser construire de nouvelles cires aux abeilles. La situation n’a pas évolué, et les cires recyclées sont aujourd’hui contaminées dans une très large mesure. Si les doses ne sont pas létales à très court terme, de très nombreuses publications scientifiques mettent en évidence à la fois un impact direct sur les individus (orientation, sensibilité), sur la reine (durée de vie), démultiplié dans le cas d’un effet cocktail avec plusieurs molécules combinées.

abeille morte

Des solutions pour les cires

Différentes solutions permettent pourtant une baisse des contaminants à l’intérieur des ruches:

    • Supprimer les cires anciennes sans les recycler, et laisser les abeilles reconstruire

Il s’agit sans doute de la solution la plus appropriée, qui permet de repartir d’un environnement parfaitement sain. Cette approche, de plus en plus utilisée dans le cadre de l’apiculture Bio, et déjà utilisée dans le cadre de conduite en Warré ou dans d’autres types de ruches où l’on laisse les abeilles construire de nouveaux rayons chaque année, n’est cependant pas utilisée dans l’apiculture intensive: le temps passé à construire des cadres vient freiner la production de miel…

    • Décontaminer les cires existantes

Des études ont montré que la réduction des valeurs des contaminants étaient possibles, en appliquant des traitement, parfois uniquement mécaniques. Ainsi, le charbon actif, l’ozone, les UV, l’ultra filtration, sont des solutions qui permettraient de limiter – sans supprimer totalement – la quantité de résidus présents dans les cires.

Une urgence absolue pour les abeilles

l’abeille domestique est depuis des dizaines d’années confrontée à des problèmes sanitaires sans précédent. Virus, acariens, effondrement des colonies.. Les scientifiques s’accordent à dire que les causes sont multiples; mais les apiculteurs ont tendance à pointer du doigt uniquement les facteurs extérieurs (pesticides appliqués sur les cultures), sans se soucier des traitements qu’ils appliquent eux-même, et de l’environnement dans lequel ils élèvent leur insectes. Il est urgent d’agir !

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